Le e-analphabétisme au Maroc, êtes-vous prêts pour tenter l’aventure de la e-civilisation?

Si on croit bien les chiffres du ministère de l’éducation nationale, 30% de la population marocaine âgée de plus de 10 ans ne sait pas lire ou écrire, c’est moche d’être dépendant de “ceux qui savent”, ceux qui liront à votre place, ceux qui écriront à votre place, ceux qui signeront à votre place. Cette dépendance chez « les gens qui ne savent pas » est chronique mais réparable..

Quant à ces « gens qui savent », seuls 49% se connectent sur Intenet. Le réseau social Facebook demeure l’un des sites les plus visités au Maroc, suivi de Youtube, Google, Hespress et Kooora, un classement qui laisse penser qu’Internet pour les marocains est plus un outil de divertissement qu’un outil d’apprentissage, une réalité qu’on ne peut pas nier, et qui donne naissance à une nouvelle génération émergente d’analphabètes. Cette génération sait lire, écrire (avec plein de fautes), compter, mais elle reste en grande majorité “illettrée”, c’est la cause principale de l’e-misère que vit la web-sphère marocaine, moi je les appelle les e-analphabètes, ils souffrent d’e-analphabétisme, et ont une attitude remarquable:

L’attitude de l’e-analphabète:

Un e-analphabète ne sait pas ce que c’est la e-réputation, la vie privée pour lui est une blague, son mur est ouvert au grand public, il s’inscrit partout et sa boite email est inondée de courriers indésirables, il partage tout ce qui lui semble intéressant (ou pas), choquant, drôle surtout. Il entend parler de Twitter, s’y inscrit et commence à tweeter plus rapidement que son ombre, ça lui arrive souvent de dire des gros mots, Son ordinateur est toujours plus lent qu’une tortue tellement il l’étouffe d’applications, et à chaque fois que sa connexion devient lente il pense que c’est à cause des virus..

Un e-analphabète n’est jamais content, il saute sur toutes les causes et critique tout ce qui bouge, on peut d’ailleurs distinguer plusieurs niveaux d’e-analphabétisme:

  • Niveau 1 : Il a un pc, il connait seulement Internet Explorer, Paint, Solitaire et Kooora.com et passe la majorité de son e-temps sur leur forum
  • Niveau 2 : C’est le niveau 1 en plus de Facebook, il passe tout son temps à gossiper et collectionner des belles filles, Facebook lui bloque son compte, il attend quelques jours et recommence.. à perpétuité.
  • Niveau 3 : C’est le niveau 2 en plus des moyens de distractions (jeux vidéos, streaming, et films porno).
  • Niveau 4 : Utilise son pc juste pour le boulot, les emails professionnels et word/excel.
  • Niveau 5 : Il a entendu parlé de Twitter, il ne l’a pas compris, mais il tweete plus rapidement que son ombre pour se faire un maximum de followers.

Cette liste n’est pas exhaustive, mais voici des phénomènes qui reflètent la croissance du taux d’e-analphabétisme au Maroc:

La e-connerie des réseaux sociaux:

Tu veux être mon ami?
Commençant par l’ajout à la liste d’amis sur Facebook, il est tout à fait normal que tu reçois une invitation d’ajout d’une personne que tu ne connais pas, et qui ne prend pas la peine de t’envoyer un message expliquant la raison de son ajout. Tu ne comprends pas! Tu décides alors d’activer les abonnements à ton compte mais en vain, tu continues à en recevoir..

L’e-amitié de Facebook est un concept complétement corrompu, c’est inutile de faire le rapprochement avec la vraie amitié, merci de n’ajouter que ceux que vous connaissez déjà.

Les fausses causes et les gens révolutionnaires
Les événements qu’a vécu la région MENA et la signification qui se donne actuellement à la révolution est mal interprétée, cela nuit gravement au concept de ce droit. Déguiser une cause qui manque d’objectivité au nom de l’islam, aussi débile qu’elle soit, est le meilleur moyen pour que des milliers de personnes y adhérent sans modération, je cite par exemple l’appel demandant à boycotter Google et Youtube pour avoir refuser de supprimer les vidéos anti-islam. résultat: un rassemblement pour une bonne cause, qui se transforme en charabia, et risque d’avoir des répercussions majeures sur la stabilité de la région.

L’utilisation des réseaux sociaux a vachement augmenté à partir du moment où les gens ont commencé à lire et entendre dire que tout a commencé sur Internet. C’est là que les marocains se sont un peu rendu compte qu’Internet pouvait servir à quelque chose ( comme l’UECSE ) par exemple. Mais l’e-analphabétisme dans le volet du printemps arabe c’est la naïveté des utilisateurs, et du coup les réseaux sociaux ont pris une dimension qui n’est pas la leur, et surtout une dimension qu’ils ne peuvent pas assumer. Tout le monde a commencé à penser et à croire qu’on pouvait faire la révolution sur Facebook et Twitter, du coup la révolution RESTE sur FB et Twitter et aboutit rarement à la réalité qu’est la rue.

En réalité pour les marocains Facebook n’est pas un réseau social, le cas du maroc est unique, facebook a muté. Une mutation qui a affecté la société marocaine: Aujourd’hui l’amitié n’est plus la même, la vie du couple n’est plus la même, la connerie n’est plus la même, la société marocaine s’est métamorphosée, elle a adapté facebook à son propre mode de vie. Un mode de vie qui nous ouvre les yeux sur le mauvais usage que font les marocains de la technologie.

Les tweets massifs et la course aux followers:
L’e-analphabétisme est flagrant sur Twitter. Les gens ne semblent pas comprendre que les 140 caractères sont faits pour être bref et relayer une information. On dirait que Twitter au Maroc est une sorte de mIRC des temps modernes, une TL, et une room de chat qui s’appelle #twittoma, un café à la marocaine où les égos se pavanent. Et c’est la course aux followers aussi.

Dans la #twittoma d’aujourd’hui: la quantité au dépourvu de la qualité, des twittos qui ont plus de 6000 followers et qui twittent de façon immature, plus rapidement que leur ombre, et des twittos respectables, et au contenu vraiment intéressant, mais qui n’arrivent même pas aux 500 followers parce que; bon « ils ne sont pas populaires ».

La course à la popularité pousse les gens à faire des choses qui sont totalement folles.

F**k me i’m e-Famous
Un phénomène très spécial qui devient de plus en plus flagrant, ce sont les personnes qui créent des pages portant leur nom: « Bogoss XYZ Officiel », « Bogossa JMKHEUQXQF original », mais ces gens n’ont pas conscience que le net est public? beaucoup des facebookeurs marocains sont des fanatiques de gossiping, ils n’hésitent pas à faire leur conquérant du web en choisissant de voler des photos et insulter toute personne qu’ils jugent contraire à leur morale et à leur pseudo code.

Les arabisants et le mépris des langues étrangères:

L’expérience a prouvé que la majorité des marocains préfèrent lire les news en arabe, Hespress en est la preuve vivante, d’ailleurs des vieux portails comme Menara l’ont compris et ont fait de l’arabe la langue principale de leur nouvelle version.

Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi les gens méprisent les langues étrangères? Est-ce le fait de croire que nos valeurs sont universelles? Pourquoi à chaque fois que je vois une intervention, au lieu de commenter le contenu les gens commentent l’usage des langues étrangères? Se contenter d’un seul langage, n’est-ce pas limiter ses connaissances et son ouverture d’esprit?.

Que ce soit l’anglais ou le français ou bien l’espagnol, l’apprentissage d’une nouvelle langue est la meilleure façon pour découvrir une nouvelle culture et voir le monde d’un nouvel œil sans avoir recours à la traduction!

Et la e-civilisation?

Dans un e-pays, il y a un e-gouvernement et des e-citoyens…tous œuvrent pour le bien commun de la e-communauté (ou presque). Ils ont adopté une e-démocratie où les e-citoyens élisent leurs e-représentants selon les dispositions légales définie par une e-constitution. L’économie de cette e-nation est basée sur le e-troc et le e-marché…celui qui enfreint à la loi de la e-communauté est traduit devant la e-justice qui, dans les cas extrêmes, peut le condamner à la peine capitale: « le bannissement de la e-communauté »!!

La e-société marocaine est une projection de la vraie société marocaine, les e-analphabètes ont aussi besoin d’un programme de lutte contre l’e-analphabétisme, c’est à cause d’eux qu’on a des portails (pour ne pas dire presse électronique) qui publient des futilités et fausses rumeurs, des internautes qui la diffusent sans vérifier, et bienvenue la désinformation..

Mes co-e-citoyens, êtes-vous prêts pour tenter l’aventure de la e-civilisation?

Be Sociable, Share!

9 thoughts on “Le e-analphabétisme au Maroc, êtes-vous prêts pour tenter l’aventure de la e-civilisation?

  1. primo
    le e-analphabete dont tu parle simo, moi je l’aurais appelé e-bouzbal :)

    secondo
    par rapport à l’utilisation des langues étrangères dans nos émissions, d’un coté je suis d’accord avec toi, il ne faut pas rester lié autant à une seule langue, d’ailleurs en faisant ça, commence la discussion/dispute arabo-amazighien (que malheureusement on voir de plus en plus sur les sites), mais quand même, et vu la statistique que t’as cité dans le début de l’article, il est insensé et « inadmissible » de voir des émissions destinée au publique marocain (30% de la population marocaine âgée de plus de 10 ans ne sait pas lire ou écrire) présentées dans une autre langue que celle qu’il comprends

  2. Article très intéressant, un peu dur quand même. Internet ne sert pas qu’à s’instruire et à développer ses connaissances, c’est aussi un moyen de divertissement, je ne comprends pas pourquoi l’auteur de cet article n’accepte pas cette réalité (en dénigrant les twittos qui prennent du plaisir à Twitter des choses débiles à longueur de journée par exemple). Qu’est ce qui vous fait penser que c’est leur seule et unique façon de remplir leur « e-temps »?

  3. @Abdessamad,

    Pour ce qui est de l’usage des langues étrangères, je ne suis pas tout à fait d’accord. On ne peut pas défavoriser une langue parce-qu’une minorité (Oui 30% est une minorité) des marocains ne la comprends pas, il faut continuer à diffuser des émissions en langues étrangère, ne pas le faire va engendrer un net recul linguistique chez nos jeunes qui seront désormais encore moins exposés aux langues étrangères. Ce n’est bon ni culturellement, ni socialement, ni économiquement.

  4. @Meriem je suis d’accord avec toi, par-contre je pense que pour la majorité des marocains Internet est plus un outil de divertissement que d’apprentissage, je ne dénigre pas les twittos qui tweetent des choses débiles, mais plutôt l’usage qu’ils font de twitter; qui initialement a été fait pour relayer des informations. Il nous arrivent tous de tweeter des pensés bêtes, des trucs drôle, mais ce qui me désole c’est le fait que c’est devenue une mauvaise pratique. On a certes besoin d’une présence plus marquante des marocains sur twitter, mais pas au détriment de la qualité.

    Rien ne me fais penser que c’est leur seule et unique façon de remplir leur e-temps, mais lire ce qu’on partage au quotidien sur les réseaux sociaux me rends pessimiste vis à vis l’usage que font les marocains sur les réseaux sociaux.

  5. Les Américains ont une seule langue ou presque .
    Les Chinois ont uneseule langue
    Les Français ont une seule langue .
    Les Aglais ,les Allemands etc.
    Ils defendent tous leur langue et ils apprenent d’autres langues mais pas tous .
    Les personnes qui défendent les langues étrangères sont tous et sans exception ;type Français et un peu Anglais . Ils veulent imposer leur style . Est ce que c’est normal ?
    Défendre une langue n’est pas toujours équivalent à être contre les autres langues sauf dans des esprits tordues !

  6. Je maitrise parfaitement le francais et l anglais mais mon facebook et mon google et toute ma vie privée sur le net est en Arabe pour une seule et unique raison j ai une identité et j ai ma fierté et la seule lanngue que je tolère mtn est l anglais a cause du nombre important des publications avec cette langue et le jour ou j aurai des enfants je leur apprenderai pas la langue française une langue morte cliniquement

  7. @Meriem, le fait est que le but premier d’Internet, ce pour quoi des ingénieurs d’universités américaines se sont évertués à mettre au point ce réseau est l’échange de savoir. Remarques aussi que c’est là le but le plus louable d’un dispositif technique à plus forte raison encore qu’au Maroc nous en aillons cruellement besoin, préalablement à toutes les futilités qui ne sont qu’annexes.

    Je me joins à l’esprit que développe l’auteur de ce billet pour — blâmer — tous ceux qui, des fabuleux outils de savoir qu’offre l’Internet de Wikipédia, d’edX, de Wikisource ainsi que de toutes les bibliothèques et sources de connaissances n’y ont vu que l’opportunité de perpétuer des plaisirs niais qui ne contribuent qu’à leur régression (fut-elle personnelle).

    Songez un instant que la science fiction rêve depuis plusieurs siècles du miraculeux moyen de condenser toutes les connaissances de l’humanité en un dispositif exigu or voilà qu’aujourd’hui c’est chose réelle et bien concrète. Mais ce qui manqua à l’imagination d’auteurs aux idées aussi louables était de concevoir que des personnes bénéficiant d’une chance aussi inuie n’en usassent pas. Telle est sans doute la pire tragédie qu’on puisse craindre.

  8. @Agrou :
    — Aux Étas-unis aucune loi fédéral ne favorise une langue particulière sur une autre, la seule chose stipulée est que la langue la plus parlée au pays soit la langue officielle. Si les latino-américains venaient à y devenir plus nombreux, la langue officielle y deviendrait le castillan. Par ailleur, ton évocation de ce pays fait fit de la Conquête de l’Ouest, épisode au cours duquel les colons ont détruit une civilisation entière et plusieurs langues.

    — Les Chinois, durant la Révolution culturelle, autant que les Français à la suite des éfforts de centralisation dus à la révolution de 1789 ont imposé, par la force, la coercition et le sang de la Terreur la langue et la culture françaises à des peuples ne s’en réclamant pas. Ainsi, les basques, les occitans, les bretons et les savoyards qui à l’époque étaient des peuples non-français ont vus leur langues détruites. Pas plus loin qu’à la seconde moitier du siècle dernier il était interdit de parler dans les écoles françaises autre chose que la langue française. D’ailleurs, la France est aujourd’hui le seul pays d’Europe à n’avoir qu’une seule langue officielle. Tous les autres sans exception en ont au moins deux ou trois.
    La Chine compte à elle, reconnait comme langues officielles de nombreuses autres que le Mandarain, comme le contonais et l’anglais (à Hong Kong), le portugais à Macao ainsi que le ouïghour (qui s’écrivait en caractères arabes avant la Révolution culturelle) et le tibétain.

    — L’anglais dans les iles britanniques a presque tué le gallois, le gaélique écossais, l’irlandais et le manois. Des langues autrement plus spirituelles que le Globish.

    — L’Allemagne reconnait, outre l’Allemand et le Bas-allemand, de très nombreuses langues régionales comme étant officielles. J’ajouterais à ce sujet qu’un land entier d’Allemagne (la Sarre) à très récement décidé d’être le premier dont tous les citoyens parleraient aussi bien français qu’Allemand avant 2020. Voilà une bien sage ambition.

    Personnellement, j’aime beaucoup toutes ces langues que le français, l’anglais, le mandarin, l’allemand et d’autres encore mais ce n’est pas pour autant que je suis content lorsqu’elles prédatent d’autres langues non moins importantes malgré leur faible diffusion.

    Mais la question qui se pose Agrou est celle de votre choix de société. Voulez-vous d’un monde à la française où hors de la langue décrété comme seule acceptable il n’est que des terres barbares ce qui justifie qu’on impose notre langue, par la force s’il faut, demeurant par là bornés à notre univers ? Ou une société plus proche des scandinaves où nous serions tous aptes à bien parler de nombreuses langues ?

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